Irlande : Le chef de l’opposition revendique à son tour le droit à l’avortement

Emma Cante

Dimanche 11 février, le chef du parti républicain irlandais Micheál Martin a assoupli son discours en matière d’avortement. Dans son article, The Guardian tente d’éclaircir sa position.

C’est une annonce qui en surprend plus d’un. Le 18 janvier dernier lors d’un discours à la Chambre Basse du parlement irlandais, le leader de l’opposition est revenu sur ses annonces de campagne de 2016. Il condamnait alors l’interruption volontaire de grossesse. À l’époque lors d’une émission radio, il ne juge même « pas si simple » de justifier un avortement, même en cas d’inceste. Pourtant, c’est bien le même homme politique qui a tranché avec la position adoptée par son groupement du Fianna Fáil, de tendance conservatrice.

Un élu désormais isolé 

Micheál Martin, chef du parti d’opposition Fianna Fáil.

Micheál Martin, jusqu’ici opposé à la libéralisation de l’avortement, assure qu’il votera en faveur du repeal lors du référendum organisé en mai prochain. Ce sont les nombreux témoignages de femmes victimes de violences sexuelles, forcées de passer en Angleterre pour subir un avortement, et une longue période de réflexion personnelle qui ont eu raison de ses précédentes déclarations.

Devant le nombre croissant de demandes et face au clivage que suscite le sujet dans le pays, l’urgence d’une libéralisation justifie cette remise en question d’après le Guardian. Cependant dans le camp des sympathisants de centre-droit, cette annonce fait tache pour le soi-disant parti d’opposition au gouvernement. Avec ce discours « pro-choice », Micheál Martin ne se positionne plus en total désaccord avec l’actuel Premier ministre Leo Varadkar. Ce dernier mène actuellement campagne pour un assouplissement des lois et l’abrogation du 8e amendement. Mais l’élu assume son choix. Selon lui, les femmes concernées ne devraient plus avoir à quitter l’Irlande pour recevoir des soins que leur pays lui-même pourrait leur promulguer.

La main mise religieuse remise en question

Dans son interview au quotidien britannique, Micheál Martin a affirmé que « le résultat en mai pourrait radicalement transformer la société irlandaise et marquer une autre défaite importante pour l’autorité de l’église catholique. » Par ces mots, le leader conservateur conteste à son tour l’hégémonie de l’institution religieuse sur le pays.

En effet, le pays est le seul du Royaume-Uni avec sa voisine, l’Irlande du Nord, à n’accepter une IVG seulement dans de rares cas. La législation se veut très stricte, le 8e amendement de la Constitution donnant un droit égal à la mère et à l’enfant à naître. En plus du fossé générationnel séparant la population la plus jeune de celle plus âgée, l’île verte s’appuie sur d’importantes traditions catholiques qui ne promeuvent pas un tel discours sociétal novateur.

L’espoir du nouveau référendum 

Selon l’article du Monde qui cite entre autres deux études d’opinion, « entre 51 % et 56 % des électeurs sont favorables à l’autorisation de l’avortement au cours des douze premières semaines de grossesse, tandis que 30 % y sont opposés, les autres étant indécis. » Tandis que l’influence de l’Eglise persiste, l’opinion publique n’est en revanche pas statique. Devant les polémiques suscitées et les démonstrations populaires de ces derniers mois, l’Etat a décidé d’agir.

Le gouvernement a annoncé il y a deux semaines qu’un référendum se tiendra en mai prochain à propos d’un assouplissement de la très décriée loi, dont les dates précises seront spécifiées dans les prochaines semaines.

Les leaders du parti au pouvoir Fine Gael, Enda Kenny et Leo Varadkar de gauche à droite

Pour aller plus loin : http://www.laviedesidees.fr/Irlande-Europe-et-avortement.html

À retrouver dans notre journal politique : 

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