Centrafrique : comment en est-on arrivé là ?

Andrieu Laura

Le 15 novembre dernier, l’ONU a prolongé le mandat de la Minusca, une force militaire exclusivement africaine présente en Centrafrique. Face à la recrudescence des violences, un renfort de 900 soldats sera envoyé. Retour sur le conflit qui déchire ce pays d’Afrique centrale depuis 2012.

Un million de déplacés en quatre ans. Les Centrafricains subissent depuis 2013 les exactions commises par les milices chrétiennes et musulmanes, qui s’affrontent depuis la chute de l’ancien président François Bozizé. Cette année-là, la Seleka, une coalition de rebelles majoritairement musulmans, renverse le très contesté chef d’Etat en prenant le contrôle de Bangui, la capitale. Cette ancienne colonie française plonge alors dans une guerre civile meurtrière où se mélangent lutte d’influences et conflit communautaire.

 

La Centrafrique plonge dans le chaos

La Centrafrique est un pays multiconfessionnel dominé très largement par deux communautés : les chrétiens et les musulmans. D’après le Pew Research center, près de 89% des Centrafricains étaient chrétiens en 2010 (60,5% protestants et 28,4% catholiques) et 8,5% musulmans, parmi eux des immigrés tchadiens et soudanais fuyant leurs pays en guerre. Le point de départ du conflit n’est pourtant pas uniquement religieux. Il est plutôt politique et vise à détrôner François Bozizé arrivé à la tête de l’Etat en 2003, grâce à un coup d’Etat. Dix années – et deux guerres civiles – plus tard, c’est Bozizé qui est chassé du pouvoir par la coalition Seleka. Issus du nord du pays, région hors de contrôle du pouvoir central, ces combattants majoritairement musulmans, réclament le respect des accords de paix signés entre 2007 et 2011.

Le gouvernement central ne parvient alors pas à rétablir l’ordre.

« Ce gouvernement n’est pas légitime pour une partie de la population, analyse Roland Marchal chargé de recherches au CNRS. Ce n’est pas simplement un problème de moyens financiers, c’est aussi une question de volonté politique. Le gouvernement ne comprend pas la crise à laquelle il doit répondre. (…) Cela demandait, alors, une rigueur, une honnêteté politique dont ce gouvernement a fait hélas défaut ».

De violents combats éclatent autour de la capitale Bangui, les chrétiens formant leurs propres milices d’auto-défense : les anti-balaka ou anti-machettes en français. S’ensuivent massacres et tueries à répétition visant les populations civiles. Le conflit revêt alors un caractère religieux auquel s’ajoutent des luttes pour le pouvoir, le contrôle des territoires et des ressources.

Un camp de réfugiés à Bangui

Des interventions internationales contestées

Face au risque de « génocide » craint par Laurent Fabius, la France obtient un mandat de l’ONU pour se rendre sur le terrain en 2013. C’est le début de l’opération Sangaris, du nom d’un papillon rouge, qui mobilisera jusqu’à 2500 soldats français au plus fort des tensions. A ses côtés : la Minusca, une force militaire exclusivement africaine sous l’égide de l’ONU. En trois ans d’existence, cette opération de maintien de la paix n’a pas convaincu par son efficacité.

« La Centrafrique a été un terrain d’expérimentation d’intervention armée, explique Roland Marchal. Cette force régionale, formée par les Français, est censée être en Centrafrique pour consolider la paix. Mais cette force ne fera rien, rien et encore moins que rien. C’est-à-dire qu’on a laissé croire qu’il y avait des garants d’une paix et en fait ces garants n’ont jamais fonctionné, bien au contraire »

Cette inactivité s’ajoute à des dizaines d’accusations d’abus sexuels concernant les soldats de la Minusca. L’impuissance de la mission et les scandales ont valu à deux contingents d’être renvoyés récemment.

Le conflit se déporte vers l’est

L’opération Sangaris a prit fin le 31 octobre 2016, après la sécurisation de Bangui et de ses alentours. Pourtant, depuis mai 2017 les attaques meurtrières ont repris dans plusieurs villes centrafricaines. Le conflit s’est déplacé de l’ouest vers le centre et l’est du pays, où des dizaines de groupes armés continuent de s’affronter tuant des centaines de personnes. L’ancienne coalition Seleka s’est divisée en plusieurs factions rivales, certaines s’alliant même avec les anti-balaka. Les populations civiles fuient en masse certaines villes comme Bria, dans le centre, une « ville fantôme » d’après l’ONU. Bilan : un demi-million de réfugiés internes.

Faustin-Archange Touadéra, dont l’élection en 2016 avait suscité tant d’espoirs, n’a aucun contrôle sur les zones de conflit. Il ne semble pas pouvoir enrayer les violences. Un défi de taille pour le président centrafricain, à la tête d’un pays coupé en deux.

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