Le Chili, leader mondial de la protection des océans

Marion Fontaine

Le 1er mars, la présidente chilienne Michelle Bachelet a entériné la création d’une zone maritime protégée de plus de 250 000km2Une décision politique forte, dix jours avant de quitter le pouvoir, qui marque la fin d’une présidence tournée vers la protection de l’environnement et de l’océan.

Avant de céder le pouvoir le 11 mars, au conservateur Sebastián Piñera, la présidente du Chili Michelle Bachelet a voulu clore son mandat par un décret historique pour la protection de la biodiversité chilienne. 250 000 kilomètres carrés de zone marines, divisés en trois régions (la Rapa Nui Protected Area, ainsi que les archipels Juan Fernandez et Diego Ramirez), sont ainsi nouvellement protégés.

Dans ces eaux, 130 espèces marines rares, dont 32 menacées d’extinction, ont été détectées. Alors que les navires de pêches chinois sillonnaient régulièrement ces mers, la pêche industrielle y est dorénavant interdite. En revanche, la pêche traditionnelle pratiquée par les populations autochtones sera toujours autorisée.

Ce décret multiplie par dix la surface des régions marines protégées, passant de 4,2 à 42,4% de la surface totale des mers chiliennes. Au total, quatorze zones marines sont protégées, soit huit parcs marins et six régions côtières ; toutes créées durant la présidence Bachelet. « Nous sommes littéralement dans une course contre le temps : changement climatique, pollution des terres, des rivières et des mers », a rappelé la Présidente lors de la signature du décret, « une réponse frontale doit être donnée à l’indifférence». 

Aujourd’hui, la zone marine protégée par le Chili recouvre environ 1 million de km2, ce qui en fait la plus grande au monde.

Protéger l’océan : une nécessité vitale pour le Chili

Le Chili s’étire sur 4 300km le long de l’océan Pacifique, du Pérou jusqu’au cap Horn, à l’extrême sud de l’Amérique latine. Composé d’une centaine d’îles, le pays entretient une relation très étroite avec la mer qui le nourrit et qui garantit sa prospérité. Il est le septième plus grand producteur halieutique au monde avec 1,2 millions de tonnes produites en 2014. En 2016, l’exportation de poissons lui a rapporté 5,7 milliards de dollar.

Mais aujourd’hui, les populations marines des eaux chiliennes, caractérisées par une grande longévité et se reproduisant peu, souffrent de la surpêche et des pratiques de pêche illégales.
Dans les années 1990, les pêcheurs capturaient 4,5 millions de tonnes par an de chinchard du Chili, une espèce très populaire. En 2012, ils n’en ont pêchés que 300 000 tonnes.

Afin de renverser la tendance et d’éviter le dépeuplement des ses eaux, qui serait fatal au Chili, le gouvernement et des groupes de conservations de la faune marine ont cherché des solutions. La création d’espaces protégés est une d’entres elles : dans les zones où la pêche industrielle est interdite, les bancs de poissons se régénèrent plus rapidement, sont de plus en plus nombreux et « débordent » dans les zones non-protégées. Un cercle vertueux qui permettra sur le long terme la survie des espèces, tout comme celle des pêcheurs chiliens.

Lac Calbuco, Chili

Concilier croissance économique et préservation de l’environnement

En 2016, l’OCDE a averti le Chili sur la nécessité de concilier croissance économique et protection de l’environnement. Si des efforts sont faits, le pays d’Amérique latine reste l’une des économies de l’OCDE qui consomme le plus intensivement ses ressources, ce qui provoque d’intenses épisodes de pollution dans les zones urbaines. « Le Chili est l’un des poumons économiques de l’Amérique latine, mais il reste à savoir si, au cours du quart de siècle à venir, il pourra maintenir cette croissance tout en protégeant son patrimoine naturel » a déclaré le Directeur de l’environnement de l’OCDE, Simon Upton.

Dans cette optique, le gouvernement chilien a refusé un projet minier en août 2017.« Nous ne sommes pas contre le développement économique, ni contre les projets nécessaires à la croissance du pays, mais ceux-ci doivent répondre de manière adéquate des impacts qu’ils peuvent engendrer », a déclaré le ministre de l’Environnement Marcelo Mena.

Le Chili a aussi développé ces dernières années les énergies renouvelables, qui représentent aujourd’hui un tiers de l’énergie produite. D’ici 2050, le pays espère augmenter cette part pour atteindre au minimum 70%.

Au total, près de 38% des terres et des mers chiliennes sont protégées. Une surface qui ne représentait que 5% il y a quatre ans, au début du mandat de Michelle Bachelet. Pour toutes ses actions en faveur de l’environnement, la Présidente a reçu le prix des Champions de la Terre 2017 dans la catégorie Leadership politique, la plus haute distinction de l’ONU pour la protection de l’environnement.

Dans sa vidéo de remerciement, elle a déclaré : «Beaucoup de politiciens pensent qu’un pays a besoin d’être riche pour être capable de réaliser ce genre de transformation. En réalité, un pays n’a pas besoin d’être riche mais a besoin d’avoir une volonté politique. Le Chili a prouvé au monde qu’on a pas besoin d’être un pays riche pour préserver l’environnement ». 

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