De « l’Australian Dream » à « l’Australian Nightmare », une politique migratoire controversée

Maya Baldoureaux

Derrière les images bien lisses de cartes postales, la réalité sociale de l’Australie est bien moins reluisante. Le gouvernement australien s’oppose à l’accueil des migrants et ferme les camps de réfugiés, véritables bidonvilles dénoncés par les associations humanitaires. Décryptage d’un scandale sanitaire.

Clément Polyn 

« L’interdiction prévue d’accueillir les réfugiés, sans le moindre détail, est ridicule » estime le chef de l’opposition australienne Bill Shorten, également leader du Parti travailliste australien. Cette déclaration intervient à la suite d’une décision de fermer le camp de rétention de l’île de Manus, à 2.500 km des côtes australiennes. Ces camps, faits de structures en tôle, ont régulièrement été dénoncés par les associations humanitaires. Troubles psychologiques, conditions sanitaires déplorables et violence omniprésente sont notamment pointés du doigt.

Pourtant, le premier ministre australien Michael Turnbull défend régulièrement l’utilité de ces centres : pour lui, il s’agit de dissuader toute tentative d’arrivée de bateaux clandestins. Il déclare : « Nous voulons que ceux qui viennent en Australie ne puissent pas profiter aux passeurs ». Cette position s’est solidement ancrée dans l’opinion de nombreux Australiens.

Comment ce programme d’immigration a tourné au scandale sanitaire ?

La réponse se trouve dans l’histoire : en 1945, à la sortie de la guerre, l’Australie lance un vaste programme d’immigration. Après avoir échappé de justesse à une invasion japonaise, le peuplement du pays est considéré comme une priorité. Des centaines de milliers d’Européens émigrent vers l’Australie, attirés par des promesses d’emploi, de logement, un meilleur climat : c’est « l’Australian Dream ».

Cependant, les années 70 constituent un tournant dans cette politique d’immigration. Toutes les subventions sont abolies, les conditions deviennent très strictes. Le gouvernement australien oscille entre ouverture des frontières et repli sur soi jusqu’en 2001, date marquant le naufrage d’un bateau de réfugiés au large des côtes de l’Australie. Des centaines de migrants périssent.

L’émotion provoquée par ce drame marque le début de la « Solution du Pacifique », très controversée. Mise en place dans les années 2000, elle consistait à reléguer hors du territoire australien des demandeurs d’asile arrivant clandestinement par voie maritime.

C’est alors qu’apparaissent ces centres de transit sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et sur l’île de Nauru. Ces pays reçoivent d’importantes subventions de la part de l’Australie, en échange de l’accueil des migrants. Au total, plus de 1 500 personnes étaient détenues dans l’attente de leur demande d’asile. Face aux dénonciations internationales, le projet est stoppé quelques années et les réfugiés accueillis.

Les centres australiens de détention pour migrants. Source : Reuters

 

Mais en 2012, une politique identique est de nouveau ouverte. Bien qu’elle ne soit pas officiellement nommée « Solution du Pacifique », les pratiques sont les mêmes. En 2013, le premier ministre australien Kevin Rudd annonce que tout demandeur d’asile arrivant en Australie par bateau clandestin sera expédié à Manus.

Une situation dans l’impasse

Ce n’est qu’en avril 2016 que la Cour Suprême de Papouasie Nouvelle Guinée juge illégal le centre australien sur son territoire. L’atteinte à la dignité humaine est en effet contraire à sa Constitution.

Une semaine après la fermeture officielle du camp, le 31 octobre, 500 réfugiés l’occupent toujours. La raison ? Qu’ils décident de s’installer en Papouasie-Nouvelle-Guinée ou non, ils doivent faire face à l’hostilité de la population locale dont les agressions se multiplient. Le gouvernement australien a proposé de transférer ces réfugiés dans le camp de Nauru, qui détient déjà 400 femmes et enfants.

Le commissaire en chef de la police de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Dominic Kakas a déclaré mercredi 8 novembre que 38 réfugiés avaient quitté le camp depuis le rejet par la Cour Suprême, mardi, d’une demande de restauration de l’eau et de l’électricité. Le bilan est peu concluant : seulement 54 réfugiés, sur les 606 que le camp comptait, sont partis depuis sa fermeture officielle le 31 octobre a déclaré Kakas.

Le meilleur espoir de ces réfugiés semble donc être les Etats-Unis et l’accord passé entre le gouvernement australien et le gouvernement d’Obama. Cet accord permettrait de réinstaller jusqu’à 1 200 personnes aux Etats-Unis. Malgré le désaccord du président Trump, l’accord à pour l’heure survécu. A ce jour, seuls 54 hommes en ont profité mais les Etats-Unis envisagent d’en accueillir environ 1000 de plus.

L’ironie de la situation est cruelle : les détenus, avocats et associations humanitaires qui ont si longtemps lutté pour la fermeture de ces camps de détention, dénonçant le non respect des droits de l’homme, se retrouvent aujourd’hui à lutter activement pour que les autorités rouvrent ce camp, qui est, fondamentalement, une prison.

 

Maya Baldoureaux-Fredon

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