Des tombeaux datant du génocide découverts au Rwanda

Andrieu Laura

Vingt-quatre ans après le génocide des Tutsis au Rwanda, le souvenir est toujours douloureux pour les habitants du pays. La découverte de 200 corps dans un village près de la capitale, Kigali, vient cruellement rappeler la réalité de ce drame.

Dissimuler les corps. Un moyen pour les génocidaires de gommer toute trace du massacre. Comme s’il n’avait jamais existé. Pourtant, une macabre découverte, faite la semaine dernière, est venue raviver de douloureux souvenirs : celui de l’extermination des Tutsi en 1994. A Rusororo, un village rwandais près de Kigali, 200 corps ont été découverts, dimanche 22 avril, dans des tombeaux, datant de la guerre civile. Les habitants du village eux-mêmes ont entrepris des fouilles. Ils ont creusé jusqu’à 20 mètres de profondeur.

« Cacher les corps était une des manières utilisées pour effacer toute trace de génocide », a précisé Honore Gatera, directeur du Mémorial du génocide rwandais, à l’AFP.

D’après l’ONG Ibuka, principale organisation de survivants, ces 200 personnes feraient partie d’un groupe de 3 000 individus, assassinés à Rusororo et dont les corps n’ont jamais été retrouvés.

Des théories raciales héritées de la colonisation

Entre 800 000 et 1 million de Tutsis et Hutus modérés ont péri au Rwanda entre avril et juillet 1994, tous assassinés par des milices extrémistes hutus. Une folie meurtrière dont les racines remontent à la colonisation.

A l’époque pré-coloniale, le Rwanda est un royaume centralisé. Les termes de Hutus et Tutsis ne désignent pas des identités ethniques, les deux populations partageant le même territoire, la même langue – le kynarwanda – et la même culture. En réalité, ces termes désignent des catégories sociales : éleveurs de vache pour les Tutsis, plus riches, et agriculteurs pour les Hutus, plus modestes. Mais rien n’empêche un Hutu de devenir Tutsi et inversement. C’est la colonisation qui crée une opposition et une hiérarchie entre eux.

Empreints des théories raciales du XIXes, les colons allemands, puis belges, pensent que les Tutsis sont une « race de nègres supérieures », soit des « hamites », tandis que les Hutus sont des bantous, « des vrais nègres ». Théories qui s’appuient sur des critères physiques : plus grand, la peau plus claire, le nez plus fin, les Tutsis ressemblaient plus aux Européens. Pour les colons, ils sont donc des descendants de migrants venus du Nord, méritant des positions plus élevées.

Une extermination préparée

Ces arguments seront repris au moment du génocide pour justifier l’anéantissement de la minorité Tutsi. Dominée, opprimée, la majorité Hutu, influencée par le discours racial des colons, tient les Tutsis pour responsables. Ils se révoltent en 1959. On compte une centaine de mort parmi les Tutsis, et des dizaines de milliers d’autres s’exilent. Ouganda, Congo, Burundi, Tanzanie, les pays voisins accueillent les réfugiés. C’est d’ailleurs d’Ouganda que partira le Front patriotique Rwandais (FPR), les Inkotanyis, cette armée d’exilés Tutsis, partie à la reconquête de leur pays, en 1990. Le pays plonge alors dans la guerre civile.

Juvénal Habyarimana, au pouvoir depuis son coup d’Etat en 1973, et son clan, attisent la haine des Tutsis. L’attentat mortel contre son avion, le 6 avril 1994, au-dessus de Kigali, donne le signal : les massacres, minutieusement préparés, démarrent. Soldats et milices extrémistes hutus commencent l’extermination des Tutsis.

Reconstruire

A la fin du génocide, le FPR prend le pouvoir et Paul Kagamé, son leader, devient l’homme fort du pays. Et le demeure actuellement. Intégration des Hutus, interdiction de mentionner l’ethnicité, mise en place de tribunaux, le gouvernement rwandais tente de reconstruire un pays qui a vu sa population se déchirer. Les tribunaux Gacaca jugent les responsables sur les lieux mêmes où ils ont commis leurs crimes, pour que les survivants prennent part à cette justice civile.  Nombreux sont les rwandais qui n’ont toutefois jamais retrouvé les corps de leurs proches, qui ne peuvent donc pas réellement faire leur deuil.

Après l’annonce de l’exhumation de corps, des survivants se sont pressés à Rusororo, pour tenter d’identifier leurs familles ou amis, grâce à leurs vêtements. Et leur offrir des funérailles décentes. Le directeur du mémorial du génocide rwandais l’a promis : les corps découverts à Rusororo, seront enterrés « dignement ». Pour que leurs proches puissent leur rendre un dernier hommage.

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