Les Indiens peuvent de nouveau manger du boeuf

Enola Richet

Le gouvernement indien a levé, le 30 novembre, l’interdiction de l’abattage de bovins, généralisée à tout le pays, depuis mai dernier. Une bonne nouvelle pour les non-Hindous, qui voyaient là leur liberté de religion restreinte. 

Généraliser cette interdiction à l’échelle de la nation, c’était pour certains déclarer une guerre des religions, et donc des libertés. Une action pourtant évidente pour les nationalistes hindous voyant en leur religion un socle culturel légitime pour la nation, et à qui l’on reproche justement de vouloir abattre la filière bovine au seul nom d’une religion pour laquelle a vache est sacrée.

La Répartition religieuse en Inde.

Rappelons que ce débat, issu de la mythologie même, est due à une profonde scission religieuse et traditionnelle dans le pays.  Depuis plusieurs mois déjà les oppositions se font rudes, entre extrémistes hindous et autres minorités religieuses présentes en Inde. Pour chrétiens, musulmans, aborigènes et « intouchables », la viande bovine constitue en effet un aliment de première nécessité.

Cruauté animale envers les bovins …

Mais la majorité hindoue clame la protection d’un animal qu’elle considère religieusement sacrée. Un combat accentué depuis 2014, lorsque s’installe au pouvoir le parti nationaliste hindou du BJP. A sa tête, Narendra Modi, tente alors d’imposer une interdiction d’abattre vaches et bœufs à l’échelle nationale. Les législations régionales sont durcies, et il devient alors illégal, d’après un décret fédéral du 26 mai dernier, de vendre sur les marchés des bœufs, taureaux, vaches, buffles, veaux et chameaux à des fins d’abattage. Les vendeurs ont alors obligation lors de leur installation sur le marché, de présenter une déclaration écrite précisant que les animaux ne seraient pas vendus aux abattoirs.

Culte hindou de la vache sacrée

Et la peine en cas d’infraction est sévère. Dans l’Etat Indien du Gurajat par exemple, l’abattage d’une vache est passible de prison à perpétuité. « La vache n’est pas un animal, c’est le symbole de la vie universelle », justifie le ministre régional de la justice.

L’administration Modi caractérise d’ailleurs la loi de « prévention contre la cruauté animale », et revendique que le gouvernement « n’avait pas pour intention d’affecter directement ou indirectement les abattoirs, ou de menacer les fermiers », et encore moins de « changer les habitudes alimentaires » de son peuple.

Vache sacrée sur un marché indien

… Ou persécution des minorités religieuses ?

Si cette interdiction pose le problème de la discrimination religieuse ainsi que celui de la suppression d’un grand nombre d’emploi dans le milieu bovin, elle est aussi à l’origine de violence grave subie par certains transporteurs ou vendeurs de bétail. On compte déjà 12 morts depuis 2015, victimes de milices hindoues extrémistes.

Cette loi était une atteinte à l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme, qui dispose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». Et c’est au nom de cette même liberté de religion que les minorités religieuses ou laïques ont alors organisé des manifestations dans les Etats ou le BJP n’est pas majoritaire, qui semblent avoir porté ses fruits.

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