Kenya : Raila Odinga renonce mais les divisions persistent

Andrieu Laura

L’opposant kényan, Raila Odinga, ne reconnaissant toujours pas la victoire d’Uhuru Kenyatta, a annoncé son investiture comme « président élu du peuple ». Une initiative finalement reportée, qui divise l’opposition.

Raila Odinga l’avait promis. Le leader de l’opposition kényane devait prêter serment en tant que « président élu du peuple », le 12 décembre dernier, jour de l’indépendance du pays. Il l’avait annoncé après l’investiture d’Uhuru Kenyatta comme président du Kenya, le 28 novembre. Cette annonce intervient dans un contexte tendu après des élections présidentielles émaillées de violences.

Raila Odinga renonce

Deux jours avant son intronisation, Odinga fait pourtant volte-face. La Nasa (National Super Alliance), coalition d’opposition qu’il dirige, annonce dans un communiqué le report de cette investiture parallèle.

L’opposant de 72 ans a subi des pressions. Le procureur général du Kenya, Githu Muigai l’a notamment mis en garde contre ce processus, pouvant être considéré comme de la « haute trahison ». Leaders religieux, responsables de Nasa et ambassadeurs occidentaux l’ont fortement incité à ne rien faire qui puisse contribuer à embraser le pays, déjà profondément divisé.

Une élection présidentielle inédite

Tous les espoirs étaient pourtant permis le 1er septembre dernier au Kenya.  La Cour suprême, constatant des fraudes, avait annulé la réélection du président sortant, Uhuru Kenyatta. Une première sur le continent africain.

Mais la joie fut de courte durée : affrontements entre opposants et policiers, tentatives du président de limiter le pouvoir des juges, renoncement de Raila Odinga … Les élections présidentielles ont rapidement viré au cauchemar. Bilan: au moins 58 morts depuis le 8 août.

Uhuru Kenyatta a finalement été réélu à la tête du Kenya, le 26 octobre dernier, avec plus de 98% des voix. Sans aucune opposition réelle, la Nasa ayant boycotté le scrutin. Une nouvelle fois contestée devant la Cour suprême, l’élection de Kenyatta a été définitivement validée par les juges le 20 novembre.

Cette décision ne règle pourtant pas tout. La société kényane est encore profondément divisée. Une partie de la population, notamment l’ethnie Luo dans les fiefs de Raila Odinga, se sentant mise à l’écart et discriminée par le pouvoir kényan.

L’opposition divisée

Candidat malheureux à la présidentielle pour la troisième fois, Raila Odinga semble avoir renforcé sa position. Perçu comme l’alternative démocratique à Uhuru Kenyatta, il a tenté d’organiser la résistance avec la création d’une « assemblée du peuple ». Le report de son investiture comme président a toutefois déçu ses partisans et révélé les dissensions à l’intérieur de la coalition d’opposition.

La Nasa est divisée sur l’attitude à adopter après la réélection de Kenyatta. Accepter la défaite? Continuer le combat et ne pas reconnaître l’autorité du président ? Il semblerait que Raila Odinga penche pour la deuxième solution. Mais certains responsables de la Nasa ne sont pas en faveur de cette investiture parallèle, craignant qu’elle ne ravive les tensions.

Officiellement, il n’est pas question de complètement enterrer l’idée d’une  « assemblée du peuple ». « Nous voulons assurer (aux Kényans) que notre détermination n’a pas changé », précise la NASA. Une nouvelle date pour l’investiture d’Odinga doit être communiquée ultérieurement. L’opposant assure vouloir continuer le combat.

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