L’Ottomania saisit la Turquie

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Histoire De … du 17 octobre 2017

A travers l’architecture, le sport ou encore la télévision, l’Empire ottoman se fait de plus en plus présent en Turquie. Entretenue par le président Recep Tayyip Erdogan, cette nostalgie semble répondre à une optique politique bien précise. 

Sarah Ouagueni 

Une instrumentalisation récente de l’histoire

Edhem Eldem, historien à l’université du Bosphore, dans un interview accordé au Courrier international, rappelle que l’histoire en Turquie a « toujours été instrumentalisée, que ce soit par un camp ou par l’autre ».

Mais cette filiation de l’histoire turque à l’Empire ottoman est plus récente : « Depuis qu’ils sont aux commandes du pays, Erdogan et son gouvernement, cherchent à se présenter comme les descendants légitimes des Ottomans et donc du peuple turc ».

Pour rappel, le Président turc Recep Tayyip Erdogan s’est octroyé un panel élargie de pouvoirs. Et ce, notamment avec l’adoption, par référendum, de sa réforme constitutionnelle en avril 2017. Il espère ainsi instaurer un régime autoritaire islamique personnalisé et à son image, d’ici 2023, date du centenaire de la République turque.

Retour historique sur l’Empire ottoman 

A son apogée, au XVIe siècle, l’Empire ottoman était un vaste empire. Il s’étendait des Balkans à la péninsule arabique, du Caucase à l’Afrique du Nord.

Depuis leur palais d’Istanbul, les sultans régnaient sur un territoire jusqu’à 6 fois plus étendu que l’actuelle Turquie. Un passé prestigieux que les autorités cherchent aujourd’hui à valoriser par tous les moyens.

L’Empire Ottoman au XVIème et XVIIème siècles.

Côté religieux, jusqu’à Abdülhamid II, le califat -le pouvoir religieux- ne prenait pas le pas sur le sultanat -le pouvoir politique. En effet, la référence religieuse au sultanat prend son importance actuelle qu’après 1878, lorsque l’Empire se retrouve quasiment réduit à sa face asiatique, majoritairement musulmane.

Le véritable tournant moderne de l’Empire intervient dans les années 1830-1840.  Durant cette décennie, des événements majeurs pour l’Empire se déroulent : l’Égypte devient autonome et la France conquiert l’Algérie. Puis, l’Empire ottoman ne résiste pas au raz-de-marée économique européen.

Tous ces changements conduisent aux Tanzimat, « réorganisations » en turc ottoman. Elles se traduisent par une série de réformes qui participent à la centralisation administrative et à la modernisation de l’appareil étatique. Dans le même temps, on assiste à  une volonté d’affirmation de l’identité ottomane et plus généralement islamique : c’est l’Ottomanisme.

Vers un Néo-ottomanisme ?

Aujourd’hui, on parle de « néo-ottomanisme » pour qualifier le régime de Erdogan et décrire la politique étrangère audacieuse menée par l’AKP, sous la conduite d’Ahmet Davutoglu. Cet ancien ministre des Affaires étrangères et Premier ministre promeut le retour de la présence turque dans les anciens espaces ottomans, des Balkans au Moyen-Orient.

Recep Tayyip Erdogan, Dimitri Medvedev et Ahmet Davutoglu.

La promotion d’une Turquie puissante, mais bienveillante, passe aussi par l’activation de canaux d’influence culturels. L’État inscrit de ce fait les communautés turcophones dans son agenda diplomatique et l’enseignement du turc est largement promu à l’étranger.

Mais le tournant néo-ottoman se ressent aussi à l’intérieur de la Turquie. On le décèle, en particulier, dans l’attitude d’ouverture de l’AKP vis-à-vis des minorités ethniques et religieuses. En effet, une fraternité avec les religions minoritaires, le judaïsme et christianisme, est actuellement mise en scène. Le pouvoir actuel semble s’inspirer de l’Hatt-i-sherif de Gülhane, une des première réformes des Tanzimat, qui instaure l’égalité de tous les sujets de l’Empire, sans distinction de religion ou d’identité nationale.

L’exaltation de la grandeur ottomane passe aussi par la rénovation du patrimoine de l’époque : l’architecture ottomane d’Istanbul est systématiquement mise en valeur.

Une véritable « ottomania » saisit ainsi la Turquie et se répand au Moyen-Orient, avec l’aide de séries télévisées à grand spectacle qui restituent les beautés de la vie dans l’Empire au XVIe siècle.

Noémie Javey 

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