Malawi : l’appel à la prière du Président pour faire tomber la pluie

Marion Fontaine

 Jeudi 18 janvier, le président malawite Arthur Peter Mutharika a appelé la population à prier pour mettre fin à la terrible vague de sécheresse qui accable le pays. Dernier recours contre la destruction des récoltes, aggravée par une invasion de chenilles légionnaires qui dévorent les cultures de maïs. 

« Son Excellence le Président, Professeur Arthur Peter Mutharika exhorte la communauté religieuse et tous les Malawites à prier pour de bonnes pluies et une saison productive, ce vendredi, samedi et dimanche ». Dans un communiqué de presse relayé sur les réseaux sociaux, M. Mutharika remet le sort de son pays à Dieu.

Si d’importantes inondations sont à déplorer dans la région de la capitale Lilongwe, le sud du Malawi fait face ces dernières semaines à un épisode de sécheresse intense. L’agriculture de ce petit pays d’Afrique australe est tributaire de la pluie et nourrit difficilement ses 18 millions d’habitants. Selon le Programme Alimentaire Mondial, organisme de l’ONU qui lutte contre la faim dans le monde, 92% de la population rurale est en situation d’insécurité alimentaire, soit un peu moins d’un million de personnes.

Les conséquences de cette sécheresse sont d’autant plus importantes que les cultures sont ravagées par des chenilles légionnaires. Ces larves de papillons, originaires d’Amérique latine, se propagent depuis 2016 dans toute l’Afrique et détruisent les cultures. Elles ont même développé des résistances aux pesticides. Leur expansion est difficilement contrôlable tant elle est rapide. En plus de priver les populations de récoltes viables (en Afrique subsaharienne, 208 millions de personnes dépendent du maïs, base de leur alimentation), elle est désastreuse pour l’économie des pays touchés car elle impose une mise en quarantaine. S’il n’y a pas encore d’estimation sur le montant des dégâts causés par la chenille légionnaire en Afrique, elle est responsable de 600 millions de dollar de pertes annuelles au Brésil.
Au Malawi, la situation des champs de maïs est préoccupante : selon Albert Changaya, un haut fonctionnaire du département de l’agriculture, les hectares infestés par l’insecte sont passés de 35 000 à 206 000 en un an (sur un total de terres agricoles de 5 790 000 hectares).

Des conséquences aussi énergétiques

Le manque de pluie n’affecte pas seulement l’agriculture. La baisse du niveau de la rivière Shire plonge le Malawi dans le noir depuis l’année dernière. En temps normal, les cinq barrages hydroélectriques du fleuve fournissent 98% de l’électricité au pays. Mais les coupures de courant se multiplient ces derniers mois, paralysant les grandes villes et pesant sur l’économie. De nombreux commerces et hôpitaux ont été obligé d’utiliser des générateurs d’électricité au diesel pour continuer de fonctionner.
Selon Escom (Electricty Supply Corporation of Malawi, qui gère la production d’électricité du pays) « la puissance disponible [des barrages hydroélectriques] n’a pas dépassé les 160 mégawatts » au cours du mois dernier.

Pour un pays si dépendant de la pluie, le salut ne semble venir que du ciel. Comme il le souligne dans son communiqué de presse, convaincu qu’un « peuple qui craint Dieu trouve des faveurs devant le Créateur », la dernière solution pour M. Mutharika est de prier. Résonnent depuis, dans tous les lieux de culte, des supplications implorant la fin des sécheresses.

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