Les inégalités persistent chez les Aborigènes d’Australie

Marion Fontaine

Le chef du gouvernement australien, Malcolm Turnbull, a présenté, lundi 12 février, le rapport annuel de la mission Closing the Gap. Ce programme, qui fête son 10ème anniversaire cette année, vise à combler le fossé encore trop profond entre les Aborigènes et les autres Australiens. 

Dans une vidéo relayée sur youtube, le premier ministre australien Malcolm Turnbull se félicite de l’avancée du programme Closing the Gap, censé améliorer la vie des populations autochtones d’Australie :« Je suis heureux d’annoncer que trois des sept engagements du programme sont en bonne voie : le taux de réussite au baccalauréat, la mortalité infantile et le taux d’inscription des enfants à l’école. Mais, il y a encore beaucoup de travail à faire, par le gouvernement et les communautés ». En effet, si les conditions de vie des Aborigènes s’améliorent, des inégalités persistent.

Dix ans de lutte contre les inégalités et un bilan mitigé

C’est en 2008 qu’est initié le plan Closing the Gap par le Premier ministre de l’époque, le travailliste Kevin Rudd. Il énonce alors sept points cruciaux sur lesquels travailler pour améliorer la vie des populations autochtones : l’espérance de vie, la mortalité infantile, la scolarisation, l’assiduité à l’école, l’illettrisme, la réussite au High School Certificate (l’équivalent de notre baccalauréat) et l’accès à l’emploi.

Dix ans plus tard, le résultat est beaucoup moins ambitieux que prévu. Même si, selon Malcolm Turnbull,« les autochtones vivent aujourd’hui plus longtemps qu’avant et les facteurs qui entretenaient l’écart avec le reste de la population (les maladies cardiaques mortelles) diminuent », aucun des objectifs de Closing the Gap n’est totalement atteint. Les 3% de la population que représentent les Aborigènes sont toujours victimes de grandes disparités avec le reste des habitants. Même si le taux d’alphabétisation augmente, il reste toujours inférieur à celui des autres Australiens. L’assiduité à l’école est toujours plus faible que le reste de la population, l’emploi également moins accessible.
Plus grave encore : les aborigènes vivent en moyenne dix ans de moins que leurs compatriotes non-autochtones.

Les revendications restent nombreuses

Ces mauvais résultats peuvent être expliqués par le manque de moyens alloués à la réduction des écarts entre Aborigènes et le reste de la population. En 2014, l’ancien Premier ministre conservateur Tony Abbott a réduit considérablement le budget, à hauteur de 534 millions de dollars australiens.

Beaucoup appellent à ce que d’autres engagements soient ajoutés aux sept initialement énoncés. Un appel à prendre en compte le taux d’incarcération, qui est toujours beaucoup plus important chez les Autochtones, a été lancé. Et pour cause, un adolescent aborigène a vingt-quatre fois plus de risques d’aller en prison qu’un autre adolescent.

Des voix s’élèvent chez les représentants Aborigènes. Ils déplorent le manque de concertation entre les autorités et les populations autochtones et veulent être plus intégrés aux décisions. «Quand on s’engage à changer la vie des gens, il faut prendre son rôle au sérieux », assène Rod Little, l’un des instigateurs aborigène de Closing the Gap et coprésident du Congrès National des Peuples Premiers d’Australie.« Des engagements ont été pris, où sont les résultats ? Le personnel politique doit être capable de nous écouter et de nous intégrer dans l’analyse des situations, la mise en place des mesures mais aussi dans l’évaluation de leurs résultats. »

Réparer les blessures des générations volées 

Enfants aborigènes à l’institution de Kahlin Compound (Darwin, Territoire du nord), 1921

Aujourd’hui, un enfant aborigène est dix fois plus susceptible d’être retiré à sa famille par les services sociaux que l’un de ses camarades, ce qui ravive les douloureux souvenirs des générations volées. Entre 1919 jusqu’en 1970, des milliers d’enfants autochtones ont été retirés de force à leur famille pour être assimilés dans des institutions ou des familles blanches.

Si des excuses officielles ont été présentées en 2008, les victimes dénoncent l’inaction du gouvernement. Ils  se sentent abandonnés par les autorités qui peinent à faire face aux problèmes de santé mentale, conséquence directe de cet épisode traumatisant. Un traumatisme transmit aux enfants, souvent source de violence familiale, de toxicomanie et d’automutilation.

En 1997, la Healing Foundation, qui soutient les victimes des générations volées et leurs enfants, a publié 54 recommandations pour réparez les blessures infligées aux Aborigènes. Mais vingt-et-un ans après, très peu ont été mises en oeuvre.

Depuis de nombreuses années, les populations aborigènes revendiquent la reconnaissance dans la Constitution de leur présence originelle en Australie, qui remonte à plus de 65 000 ans. Le mot aborigène vient d’ailleurs du latin ab origine, qui signifie « depuis l’origine ». Cette modification de la loi serait une étape cruciale dans la reconstruction de l’identité autochtone, que les colons européens ont tenté d’annihiler.

Pour (ré) écouter Eclairez-Nous, c’est ici :

Pour aller plus loin :
–  Australie : le nouveau souffle des Aborigènes,
de Caroline Lafargue et Cyril Paquier (février 2018). Ce reportage d’Arte dresse les portraits de quatre militants qui luttent pour la reconnaissance des peuples autochtones.

Le Chemin de la liberté, Phillip Noyce (2002). Ce film, tiré d’une histoire vraie, raconte l’enfance d’une victime des générations volées.

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