Maroc : en route vers l’écologie ?

Noémie Javey

Lundi 5 mars 2018, le royaume marocain fait un pas de plus vers la transition écologique. La Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) a signé deux conventions de partenariat pour mettre en œuvre une économie climatique. L’ONG allemande Germanwatch classait le Maroc dans le top 5 des pays qui œuvrent le plus pour la protection de l’environnement. Le Maroc est-il en train de devenir l’exemple à suivre en matière écologique ?

Dans cet accord, la CGEM, représentative du secteur privé auprès des pouvoirs publics et institutionnels s’appuie sur le Centre de Compétences en Changement Climatique du Maroc, le 4C Maroc. Il lui apporte une aide logistique via une plateforme public/privé pour tenir les engagements pris par le royaume marocain en 2015 lors de l’Accord de Paris. La CGEM s’est aussi engagée à développer les énergies renouvelables au sein du pays grâce à un partenariat de trois ans avec le Cluster solaire, un réseau d’entreprises valorisant l’énergie solaire créé en 2014.

Noor : un méga projet solaire à Ouarzazate

Avec plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an, le Maroc bénéficie de conditions optimales pour développer son énergie solaire. Dès 2014, il en tire profit avec l’installation de sa première centrale solaire : Noor, inaugurée en février 2016 à Ouarzazate. Un effort salué par l’Agence internationale de l’énergie qui érige alors le Maroc comme un exemple à suivre dans le monde et plus particulièrement dans la région, en soulignant « les avancées notables dans l’adoption de l’énergie éolienne et solaire ». Trois autres centrales sont en construction dans ce parc : Noor II, III et IV, chacune testant une technologie différente. Une fois le parc solaire achevé, il pourra produire plus de 500 mégawatts sur 2 500 ha, ce qui permettrait d’alimenter plus d’1,2 million d’habitants.

Image satellite du parc solaire Noor

Un objectif de 42 % d’énergies renouvelables

L’objectif pour le Maroc est simple : faire que 42 % de l’énergie produite repose sur des énergies renouvelables d’ici 2020. Dans cet objectif, aucun moyen n’est mis de côté. L’année 2014, année charnière pour le pays dans cette transition écologique voit la mise en place d’un parc éolien à Tarfaya, dans le sud ouest du Maroc, après deux ans de travaux. Avec 131 éoliennes, le parc peut assurer l’alimentation électrique d’un million et demi de Marocains, l’équivalent de Marrakech.

Pour Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain des relations internationales « En se positionnant comme un pays actif dans la lutte contre le réchauffement climatique, le Maroc compte devenir un leader africain en la matière, tout en devenant un interlocuteur incontournable des chancelleries occidentales ».

Mais aussi de la chancellerie russe. Le 11 octobre, le Maroc et la Russie se sont accordés sur une coopération dans différents domaines dont celui de l’énergie et des énergies renouvelables. Les mémorandums d’entente déclarant une convergence d’intention s’inscrivent dans la lignée du partenariat qui unit les deux pays depuis 2002. Alors que le volume de leurs échanges était de l’ordre de 200 millions de dollars en 2001, il s’est établi à 2,5 milliards de dollars en 2016. La Russie est ainsi le 9e fournisseur du Maroc.

Des éoliennes du parc de Tarfaya

20 % de valorisation des déchets d’ici 2030

Selon Pierre-Yves Pouliquen, directeur général de Suez délégué Afrique, Moyen-Orient, Inde, « le Maroc s’est engagé à diminuer de 13 % les émissions de GES (gaz à effet de serre) d’ici à 2030 et veut atteindre 20 % de valorisation des déchets », des décisions prises lors de la Cop21 de décembre 2015 à Paris. Ce n’est donc pas un hasard, si Suez y a développé un centre d’élimination et de valorisation des déchets à Meknès, où se trouvait une ancienne décharge. Seulement 5 % de déchets y sont actuellement recyclés. Pour autant, le taux de recyclage devrait augmenter parallèlement au développement de l’activité, débutée il y a moins d’un an.

Le Maroc : ambassadeur de l’écologie ?

Si le pays se tourne résolument vers les énergies renouvelables, de nombreux pans de sa société sont mis de côté. La durabilité de ses ressources hydrique ou en sable en est menacée. 

Alors que l’ONG allemande Germanwatch  classe le Maroc en cinquième position des pays qui œuvrent le plus pour la protection environnementale.  Le constat est autre pour l’Environnemental Performance Index de 2016, créé en 2001 par le Forum économique mondial. Il classe le Maroc à la 64e place sur 180 pays répertoriés. Il s’appuie sur deux critères : la protection de la santé humaine des risques environnementaux et la protection des écosystèmes. Dans le domaine de la pêche et de l’agriculture, le royaume fait amende plus qu’honorable. Il arrive à la 10e et 18e position, mais le constat est moins bon sur d’autres volets.

Si le pays est deuxième du Maghreb derrière la Tunisie, il lui reste des efforts à faire. Il est 119e pour la catégorie « eau et sanitaires ». L’Organisation Mondiale de la Santé affirme qu’encore 9 % des Marocains n’ont toujours pas accès aux toilettes en 2015.

Une situation de stress hydrique dans le royaume marocain

Alors que l’agriculture représente 20 % au PIB marocain et fait vivre 40 % de la population, les sécheresses se multiplient. Le déficit est tel, qu’on parle désormais de stress hydrique.  Le Maroc consommerait alors plus d’eau que les ressources qui sont à sa disposition. Le 24 novembre 2017, le roi Mohammed VI a même ordonné des prières rogatoires pour « implorer la pluie ».

Cette sécheresse a des causes naturelles mais la main de l’homme n’y est pas étrangère. En 2008, le gouvernement met en place le Plan Maroc vert (PMV). Destiné à aider les petits agriculteurs, il subventionne des systèmes d’irrigations censés économiser jusqu’à 45 % d’eau.

Or Najib Akesbi, économiste marocain, affirme que le contraire s’est produit. Les pertes d’eau qui résultaient du système antérieur au PMV, « permettaient de recharger la nappe ». La gratuité de systèmes d’irrigation a encouragé les agriculteurs à s’orienter vers des productions plus gourmandes en eau comme la production de pastèques. « Tout le monde à voulu faire des cultures à plus forte valeur ajoutée comme le maraîchage. Or celles-ci consomment beaucoup plus d’eau ». Conséquence : le programme a entraîné une surconsommation de l’eau dans un pays où les nappes phréatiques sont déjà à sec. 

Pour protester, des habitants ont organisé des « manifestations de la soif » à Zagora dans le sud du Maroc pour rétablir l’accès à l’eau potable. Durant l’été 2017, les habitants étaient privés d’eau du robinet parfois pendant plusieurs jours. Mais ces protestations restent isolées car le programme jouit d’une forte popularité. Le PMV a permis d’atteindre une autosuffisance alimentaire et aider une large part de la population tournée vers l’agriculture.

Maroc-pénurie d'eau-2025
Estimation par l’Onu des réserves d’eau en Afrique en 2025

La ruée vers le sable

Il n’y a pas que l’eau qui est une ressource convoitée. Le sable fait l’objet de toutes les convoitises. Mais pourquoi ? Ingrédient essentiel dans la recette pour un bon béton, les 2/3 de sable s’ajoutent au tiers de ciment nécessaires. Ainsi, le sable s’impose comme la deuxième ressource naturelle la plus consommée sur la planète après l’eau, devant le pétrole.

Si le phénomène est mondial : 15 milliards de tonnes sont récoltés chaque année, le Maroc n’est pas en reste. Entre construction de nouvelles villes, et complexes hôteliers, ou même auto-construction, le secteur du BTP explose. Or selon le gouvernement marocain, sur les trente millions de tonnes récoltées, 15 millions proviennent de l’extraction sauvage. Peu à peu, ce trafic menace des plages entières de disparition.

Une police de l’environnement 

Ainsi, déjà en 2007, Coastal, Care, ONG américaine, dénonce les ravages commis sur les côtes marocaines. Mais selon sa directrice générale, Claire Le Guern, « malgré la volonté de plusieurs membres de l’administration, les trafics d’influence et les backchichs [pots-de-vin] ont fini par l’emporter ». Pour Eric Chaumillon, membre du CNRS une catastrophe est en prévision : « On est en train d’enlever ce que la planète a mis des millénaires à faire. La plage constitue un rempart contre l’augmentation du niveau de la mer et des tempêtes. On supprime ainsi une barrière naturelle ».

Le gouvernement marocain ne reste pas les bras ballants. En 2013, il met en place une taxe spéciale sur le sable, revue à la baisse en 2015. Le nouveau texte, réformant la loi sur les carrières de 1914, prévoit des sanctions en cas de pillage. Mais son application tarde. En 2017, quelques mois après avoir accueilli la Cop 22, le Maroc créé sa police de l’environnement qui lutte contre les pollutions atmosphériques ou le déversement des eaux usées. Or, son effectivité est remise en cause par certaines ONG de défense de l’environnement. L’association marocaine Homme et Environnement réclame notamment un engagement plus fort de la part du royaume.

Un pays dénué d’hydrocarbures

Le pays choisit donc de s’orienter vers les énergies renouvelables pour assurer une forme d’indépendance énergétique. Le royaume marocain doit faire face à une réalité : l’absence d »hydrocarbures sur son territoire, ce qui en fait le plus gros importateur d’énergie sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Pour être indépendant énergétiquement, une seule solution : développer les énergies renouvelables mais aussi miser sur le gaz naturel liquéfié.

Cette technique de condensation du gaz à l’état liquide émet moins de gaz à effet de serre que le pétrole ou le charbon. Sa combustion est donc moins polluante. 4,6 milliards de $ vont être investis d’ici à 2021 dans des infrastructures gazières. Le Maroc aimerait ainsi produire 2 700 MW pour renforcer son « mix énergétique ». 2 700 MW, c’est l’équivalent des besoins en électricité de deux villes comme Casablanca.

Plus qu’un nouveau modèle écologique, le Maroc a compris que sa pérennité économique et nationale passerait par une transition écologique. A travers elle, il bénéfice du soutien des différentes organisations internationales. En redorant son blason sur la scène internationale, il s’inscrit comme le pays écologique émergent.

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