Qui est Michael Wolff, l’auteur de Fire and Fury ?

Noémie Javey

Le nom de Michael Wolff ne vous dit rien ? Pourtant, depuis le 5 janvier, il est à l’origine d’une nouvelle crise à la Maison Blanche avec son livre Fire and Fury : Inside the White House. Il y raconte la première année de la présidence Trump, et les témoignages y sont plus qu’inquiétants.

Cet homme aux lunettes rondes et au crâne chauve sait qu’il a réussi son coup. Avant sa sortie, le livre était déjà en top des ventes sur le site Amazon. Le président Donald Trump, furieux, en a fait involontairement la pub, en en demandant le retrait. Amusé par la situation, Henry Holt, l’éditeur du livre a profité de la colère trumpiste pour le sortir 4 jours plus tôt. Mais comment un journaliste a-t-il pu récupérer toutes ces informations ?

Michael Wolff n’est pas un novice. A 64 ans, il sait comment attirer les lumières médiatiques. Il buzze pour la première fois en 2004, avec son livre Automn of the Moguls. Pour arriver à ses fins, il ne tergiverse pas sur les méthodes à employer. Il demande, par exemple,  à son fils de sympathiser avec le fils de Steven Rattner, un ancien journaliste, travaillant depuis à Wall Street. L’objectif ? Que son fils lui rapporte les détails croustillants de la vie de cette ancienne plume du New-York Times. Une technique peu orthodoxe qui l’amène à la conclusion suivante : les grands propriétaires des médias, ces « titans, frimeurs et hommes d’argent », « maîtrisent et bousillent le grand média ».

La critique des puissants

Fort de son 1er succès, il enchaîne en 2008 avec une biographie acerbe sur Rupert Murdoch. Ce dernier ne pourra que la détester. Après 50 heures d’entretiens, Michael Wolff écorne sans sourciller l’image de l’australien, actionnaire de News Corporation, l’un des plus grands groupes médiatiques au monde. L’attirance de Michael Wolff pour les puissants est décrite par le New-York Times comme un intérêt pour les « ragots de première classe ». New Republic, magazine américain, le compare même en 2004 à un « savant mélange entre un chroniqueur féru de cancans, un psychothérapeute, et un anthropologue de la société qui offre aux lecteurs l’opportunité de devenir une mouche posée dans les pénates des puissants ».

Décrié pour son non respect du « off », des discussions informelles, ils les révèlent au fil de ses articles. David Carr, journaliste du New York Times prévenait « Avec Michael, vous êtes toujours enregistré et en scène ». Il fera, lui, ses premiers pas sur la scène people lorsque, fraîchement divorcé, il entame une relation avec Victoria Floethe, écrivaine américaine, de 30 ans sa cadette. Puis en se faisant exclure de nombreux restaurants huppés.

18 mois de travail à la Maison Blanche 

Avec ses méthodes peu éthiques, ce chasseur de ragots, qui ne se revendique« ni journaliste, ni critique des médias » a obtenu un accès privilégié à la Maison Blanche. Chose impossible sans la permission du 45e président des États-Unis. Selon le journaliste Michael M. Grynbaum, dans le New-York Times, il a manœuvré habilement pour obtenir les faveurs présidentielles. Notamment, en critiquant les journalistes dépréciant le candidat Trump durant la campagne.

Commence alors 18 mois de travail, 200 entretiens à la Maison Blanche et de multiples allées-et-venues entre son hôtel et la résidence présidentielle. De ces interviews, naît Fire and Fury. S’il a déjà reçu trois récompenses dont deux National Magazine Award, c’est avec ce nouveau livre qu’il risque de rencontrer son plus gros succès. Au grand désespoir de Donald Trump, décrit comme un « idiot » dans la plupart des pages.

Une crédibilité contestée 

A en croire les nombreux journalistes américains, la méfiance est de mise. Déjà, des premières erreurs ont été signalées. Michael Wolff se trompe de source, confondant CNN et BuzzFeed dans la révélation des pratiques sexuelles du président américain. Il accuse aussi le président de ne pas connaître l’identité de John Boener, le porte-parole des Républicains. Or, les deux ont déjà partagé une partie de golf.

D’autres personnalités, citées dans le livre, refusent les propos qui leur sont associés. Thomas Barrack Jr, un proche ami de Donald Trump nie avoir dit qu’il « n’était pas seulement fou, mais aussi stupide ».

Tweet de Donald Trump démentant les propos de Michael Wolff

Les critiques ne semblent pourtant pas atteindre le désormais fameux Michael Wolff, qui se défend durant l’émission Meet the Press : « Le livre parle pour lui-même. Lisez le livre […] et regardez si vous ne vous sentez pas inquiet ». Il est appuyé par son éditeur, Henry Holt : « Nous considérons Fire and Fury comme une extraordinaire contribution au débat national ».

Alors, que penser du personnage Wolff et de ses écrits ? C’est peut-être le Los Angeles Times qui le dit le mieux « Pourquoi croire Michael Wolff ? […] Parce que, pour l’heure, ce qu’il a produit est trop bon pour ne pas le croire ». Conclusion : « Il faut un voleur pour attraper un voleur ».

Laisser un commentaire