Rachael Denhollander, générale cinq-étoiles d’une armée de survivante

Enola Richet

La  Wonderwoman  d’aujourd’hui est une femme parmi tant d’autres. Rachael Denhollander fait partie des 156 femmes qui ont accusé Larry Nassar, médecin de la très réputée fédération de gymnastique américaine, d’agressions sexuelles sur mineures répétées durant des années.

Toutes ont obtenu gain de cause quand le verdict est tombé : l’homme, déjà condamné à 60 ans de prison pour pédopornographie, passera jusqu’à 175 ans en cellule pour attouchements et viols sur mineurs. Nous ne parlerons pas de  la championne olympique McKayla Maroney ou de la très médiatisée capitaine Aly Raisman aujourd’hui mais de Rachael Denhollander, la première voix à s’être publiquement élevée contre Larry Nassar.

La mascarade médicale qui dura vingt ans

En 2016, des soupçons de pédophilie envers le kinésithérapeute sont d’ores et déjà rapportés au grand public par L’Indiannapolis Star. Puis, lorsque Rachael Denhollander décide de contacter la presse et de porter plainte, une vague de souvenirs et d’accusations déferle. On découvre alors que certaines athlètes de la Michigan State University et USA Gymnastics avaient déjà tenté de prévenir les employeurs de Nassar, et ce dès 1997.  Il aura donc fallu 20 ans pour que la parole se libère et que l’homme soit condamné.

La jeune femme de 33 ans se démarque par son sang froid et sa capacité à parler au nom de toutes les autres. Au nom de toutes les jeunes athlètes, espoirs du sport, qui ont fait confiance aux adultes sensés les guider et les soutenir dans la difficulté de la pratique. Sensés leur apporter les soins moraux et physiques nécessaires.

Les victimes rapportent que les gestes de viols et d’attouchements perpétrés par Nassar sur les mineures, ont été justifiés par ses employeurs comme  « soins médicaux » pendant près de 20 ans. La pratique médicale a été l’alibi du médecin et la réponse automatique de l’institution à chaque victime venue rapporter sa détresse.

La voix qui a signé le début de la fin de Nassar

Pour The Detroit News, Rachael Denhollander est « la voix par qui débuta  la fin de Nassar ». Et c’est aussi la voix qui a unifié les 200 victimes qui ont osé raconter leur histoire depuis l’automne 2016. Certaines l’ont vécu il y a près de 30 ans, d’autres juste avant les révélations de Rachael. Elles en discutaient parfois ensemble, sans vraiment comprendre la gravité de ce qui leur arrivait.

Selon Rachel, un document de cent pages a été adressé à la Mishigan State University, afin de détailler chaque mesure qui aurait dû être mise en place pour empêcher tout acte d’abus sexuels au sein du groupe. Pour l’ancienne gymnaste,« ces recommandations relèvent du bon sens. Il s’agit, entre autre, d’encourager les victimes à porter plainte auprès autorités compétentes ».

Du bon sens donc, mais pourtant très éloigné de la situation actuelle : après avoir été se plaindre au supérieur de Larry, Rachael explique à CNN n’avoir reçu pour réaction que les moqueries de cet homme, qui s’empressa ensuite d’envoyer son soutient audit agresseur.

« Combien vaut une petite fille ? »

La cas de Larry Nassar montre que les pratiques et comportements inappropriés dans le milieu professionnelles doivent être surveillées et régulées. A l’époque d’une révolution égalitaire, une réglementation et une politique d’attention et d’écoute envers d’éventuelles victimes, hommes ou femmes, dans le milieu du travail ne devrait-elle pas être la norme ?

Rachael Denhollander était la première à dénoncer, et la dernière à s’exprimer à la barre devant le juge Rosemarie Aquilina, qui a salué son courage. Elle est, selon la magistrate, « la générale cinq-étoiles d’une armée de survivantes ». Dans sa déclaration, l’ancienne gymnaste n’a eu de cesse de demander « how much is a little girl worth ? » (« combien vaut une petite fille ? »).

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