Smog. Au Pakistan, le retour d’un tueur centenaire

Enola Richet

Le Smog, indissociable des histoires de Sherlock Holmes, s’est installé quelques décennies plus tard, au Pakistan. Véritable enjeu de santé publique, les Pakistanais sont loin de lui trouver le même charme que le fit Conan Doyle… 

En 1952, un « brouillard tueur », comme le titre la presse à l’époque, s’installe à Londres. Il fait suffoquer près de 12 000 victimes. Ce brouillard c’est le Smog, considéré alors, comme la pire pollution atmosphérique de toute l’histoire européenne. En 2016, des scientifiques percent le mystère de ce fameux brouillard, épais comme de la purée de pois. Le coupable, c’est le charbon : de sa trop grande combustion afin d’alimenter les foyers et usines de la ville résulte ce brouillard toxique, empoisonnant les habitants au dioxyde d’azote.

Et il semble que la partie n’ait été que remise. En octobre à Lahore au Pakistan, 11 millions de personnes voient à leur tour des microparticules de PM2.5 pénétrer leurs poumons et leur sang. Ce mercredi 8 novembre, le taux de cette particule meurtrière a atteint 30 fois la limite sanitaire fixée par le gouvernement pakistanais.

Si ce n’est qu’aujourd’hui que la situation affole, le problème n’est pas nouveau. En 2015, environ 60 000 Pakistanais seraient morts à cause de la pollution de l’air trop élevée, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Au Pakistan, les environnementalistes parlent même d’une « cinquième saison », lorsque chaque année aux alentours du mois de novembre le brouillard recouvre la ville.

Le Smog dans la ville deLahore, au 5 Novembre 2016.

La face obscure de l’émergence du phénomène 

De quoi faire de la concurrence à son voisin l’Inde, pourtant détenteur de records en matière de décès liés à la pollution. Entre 1990 et 2015, l’Inde a enregistré une augmentation de près de 50% de morts liées aux particules en suspension PM2.5, la croissance du pays étant encore très dépendante du charbon.

Quant à la Chine, elle compte seize des vingt villes les plus polluées au monde et enregistre chaque année des milliers de morts dues à la pollution. Notons qu’à elle seule la ville de Pékin et sa périphérie comptait, en 2013, 196 usines à charbon. A cela s’ajoute, la pollution à l’ammoniac issue de l’utilisation démesurée d’engrais et de véhicules dans le pays.

Source : Stateofglobalair

 

On prend les mêmes et on recommence ?

L’industrialisation massive et la croissance accélérée de ces pays semblent être les responsables de cette catastrophe écologique. Ce qui n’est pas sans rappeler le schéma identique d’actions subies par les populations européennes lors de la grande industrialisation du XIXème siècle.

Un autre problème se pose : les chiffres sur la dangerosité de l’air sur le reste de l’année manquent. Et pour cause, les instruments achetés l’année dernière par la ville, afin de mesurer la qualité de l’air, viennent seulement d’être installés devant l’urgence de la situation. Mais, la société civile s’organise pour parer à ce manque de données.

A l’instar de Mr. Omar, qui a créé la Pakistan Air Quality Initiative et a lui-même installé des moniteurs de mesure de l’air. Le but de cette initiative: capter l’attention du public, mais surtout ouvrir un dialogue avec le gouvernement pour mettre en place des actions effectives contre le fléau du Smog.

Même si des mesures, comme la fermeture des usines à trop grosse émission ou encore l’interdiction de brûler des déchets, ont été mises en place par le gouvernement de la province du Punjab, il semble que les changements nécessaires soient bien plus draconiens.

Pour les environnementalistes, il faut surtout implanter les énergies renouvelables au sein du pays, développer les transports publics et réglementer les émissions des usines et voitures. En résumé, une gestion à  long terme du problème, qui s’attaque aux causes du Smog et non à ses conséquences.

 

Enola Richet

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