En passant le Suneung, des milliers de lycéens sud-coréens jouent leur avenir

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En Corée du Sud, c’est la dernière ligne droite avant le Suneung. L’équivalent du baccalauréat français revêt une signification toute particulière dans ce pays au système scolaire ultra-compétitif. Décryptage.

Jungsoo a 22 ans. Elle étudie à l’université séoulite de Sungkyunkwan. Quand elle évoque ses années lycées, ses journées ne font pas rêver. Dès la seconde, elle enchaînait des longues journées de cours (7h-17h) et des cours particuliers qui ne terminaient pas avant 22h. En classe de Terminale, elle devait réviser jusqu’à minuit tous les soirs.

Elle est pourtant loin d’être la seule lycéenne dans ce cas. Les Sud-Coréens des classes moyennes et supérieures sont abonnés aux cours particuliers exigeants dès l’école primaire. La récente étude du ministère de l’Education nationale coréen indique que 60% des lycéens affirment dormir moins de six heures pas nuit. Autant d’efforts tournés vers un seul objectif : obtenir la note maximale lors du Suneung, ce qui leur ouvrira les portes des plus prestigieuses universités.

To be In Seoul or not to be

Dans un micro-trottoir assez éclairant, le youtubeur Korean Boss interroge de jeunes Sud-Coréens sur l’importance d’aller à l’Université. Selon eux, dans un pays où 80% des jeunes suivent un cursus universitaire — malgré l’existence de filières professionnelles— il est inimaginable de trouver un emploi sans passer par la case université. Mais pas n’importe laquelle… Autre composante essentielle : la situation géographique de l’université. Est-elle « In Seoul » ou non ? Les établissements les plus prestigieux, communément appelés les « SKY Universities » — Seoul National, Korea and Yonsei— sont tous situés à Séoul. Plus globalement, sur les 370 établissement supérieurs reconnus par le gouvernement, un peu moins d’un tiers sont localisés à Séoul.

Pour espérer décrocher l’emploi de leur rêve — ou plus exactement un emploi tout court — les lycéens sont nombreux à viser les mêmes universités, peu nombreuses. C’est là la cause principale de la forte compétition entre les élèves, qui s’installe dès la seconde.

Un examen qui fascine le pays tout entier

Concrètement, le Suneung se déroule sur une journée entière, pendant laquelle les lycéens enchaînent épreuves de coréen, de mathématiques, d’histoire, d’anglais et de sciences. Et ce jour-là, le pays entier vit au rythme des étudiants. Littéralement. Pour éviter tout embouteillage, qui pourrait mettre en retard les élèves, les bureaux et magasins ouvrent une heure plus tard. La police est dépêchée pour accompagner les retardataires, qui seront accueillis par des groupes de lycéens plus jeunes, venus soutenir leurs amis avec des pancartes. Enfin, les avions sont bloqués au sol le temps de la compréhension orale en anglais.

Les parents semblent autant — voire plus — stressés que leur enfants par ce test, et beaucoup prient en attendant leurs rejetons à la sortie. Les temples et les églises sont très fréquentés de septembre à la mi-janvier, date officielle des résultats, et certains vont jusqu’à proposer des programmes de prières sur cent jours pour assurer aux parents la réussite de leurs enfants.

Une famille dévouée à la réussite des enfants

Au-delà de l’envie naturelle de voir leurs enfants réussir, c’est une logique financière qui est la source de la préoccupation des parents sud-coréens. En moyenne, un foyer sud-coréen dédie 25% de ses revenus aux frais de scolarité de leur progéniture : beaucoup de parents n’hésitent pas à s’endetter pour leur offrir les meilleurs lycées privés et cours particuliers. Beaucoup de lycéens se résoudront, cependant, à repasser l’examen deux, trois, quatre fois pour obtenir un meilleur score, ce qui représente des dépenses encore plus importantes : n’étant plus scolarisés, ils devront augmenter leur nombre de cours particuliers.

L’honneur de la famille se joue également dans l’intégration d’une université. Il n’est pas rare d’observer des banderoles de félicitations, indiquant le nom de l’enfant et sa nouvelle université, sur les maisons des familles. Ce phénomène est accentué par le choix des jeunes couples de n’avoir qu’un enfant pour lui offrir la meilleure éducation possible.

Mais, face à un marché de l’emploi saturé et à l’augmentation du taux de suicide chez les jeunes sud-coréens, la résistance s’organise petit à petit. On assiste à la création d’écoles privées d’un nouveau genre, plus à l’écoute des élèves — mais aux frais de scolarité toujours très élevés — qui ne préparent d’ailleurs pas à l’examen final tant redouté. Certains jeunes diplômés repoussent le plus possible leur entrée dans le monde du travail. Quoiqu’il en soit, le décompte est déjà lancé sur la page Wikipédia du Suneung : les élèves ont rendez-vous avec leur avenir dans moins d’une semaine, six jours et dix-huit heures.

Margaux Queffélec 

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